Sophia Belkacem veut «désacraliser le rôle de l'élu pour plus de proximité»

Publié le par La Dépêche

Sophia Belkacem veut «désacraliser le rôle de l'élu pour plus de proximité»

Sophia Belkacem, hier après-midi, devant l'un des lieux emblématiques de son quartier, la prison Saint-Michel, qui doit faire l'objet d'une totale reconversion, notamment le projet d'Auditorium./Photo DDM, T. Bordas

Aux commandes d'un des plus gros secteurs de la ville -35 000 habitants-, Sophia Belkacem entend mettre sa jeunesse et son dynamisme au service des citoyens, «acteurs de leurs propres projets», souhaite-t-elle.

On est d'abord frappé par votre jeunesse à la tête d'un secteur clé de la ville. L'expérience ne vous manque-t-elle pas ?

Je suis peut-être encore jeune, mais je ne manque pas d'expérience. J'ai connu mon premier mandat d'élue lorsque j'étais à la mairie de Béziers, à l'âge de 24 ans. Raymond Couderc m'avait alors confié la délégation sur les liens intergénérationnels ainsi que les personnes âgées. Aujourd'hui à Toulouse où je suis revenue et où je travaille, je rappelle que durant la campagne électorale, Jean-Luc Moudenc m'avait positionnée sur le quartier d'Empalot, où nous avons mené un vrai travail de proximité. Le secteur dont j'ai aujourd'hui la charge, je l'ai voulu plus que tout. J'ajoute que, pour me consacrer pleinement à ma mission, j'ai allégé mon emploi du temps au niveau professionnel.

Que recouvre, selon vous, la fonction de maire de quartier ?

Avec Jean-Luc Moudenc, nous sommes d'accord pour dire que le citoyen doit être au cœur de tous les dispositifs, qu'il s'agisse de la vie commerciale ou associative. Le citoyen doit être aussi un véritable relais entre les différents services proposés par la Ville, et il convient de ne pas faire traîner les dossiers afin que le contribuable ait une réponse rapide à ses préoccupations. La collaboration avec les quartiers voisins de Rangueil et de la Terrasse-Montaudran doit être également favorisée, ceci dans un souci de cohérence dans l'action. Et puis, surtout, il faut désacraliser le rôle de l'élu. Vous savez, moi, je suis issue de la société civile et je veux rester en permanence à la portée du citoyen. Mes réponses seront toujours naturelles avant d'être politiques ou partisanes.

Quelles sont les problématiques de ce secteur «5.3» de la ville ? Vos projets, aussi ?

Le secteur ne manque pas d'atouts. Empalot est un quartier à fort potentiel, où le «GPV» (grand projet de ville) va bientôt prendre toute sa mesure avec 1 500 nouveaux logements et l'arrivée de commerces de proximité qui manquaient jusqu'à présent. Je veux ici plus qu'ailleurs contribuer à l'emploi des jeunes. Mais je n'ignore pas non plus les problèmes de sécurité existant et je confirme à ce titre l'installation prochaine de plusieurs caméras de vidéosurveillance. L'objectif, c'est d'avoir ici de la quiétude et que les jeunes y aient toute leur place. Quant à Saint-Michel, la réfection totale de la Grande Rue préoccupe plus les riverains que le projet d'Auditorium qui est un superbe projet de reconversion pour la Prison Saint-Michel, avec au passage une balance culturelle intéressante entre l'architecture du XIXe siècle et celle de la modernité. Quant à la Place du Busca, on repart sur un nouveau projet répondant mieux aux attentes des usagers, à savoir une mise en valeur des commerces avec suffisamment de stationnement pour l'accompagner.

Les premières demandes qui vous remontent concernent quels domaines ?

Je reçois beaucoup d'associations qui veulent travailler avec nous, des particuliers aussi. On m'interroge beaucoup sur le logement, les permis de construire et, bien sûr, l'emploi des jeunes, mais pas seulement. L'idée de ce mandat, j'insiste, c'est de casser la gestion municipale de l'équipe précédente. On veut vraiment que les gens soient au cœur des projets. C'est aux citoyens d'être acteurs des projets qu'ils veulent défendre.

Dossiers sensibles : ex-prison Saint-Michel, «gpv» d'empalot, le ramier…

Prison Saint-Michel

L'un des biens les plus convoités des promoteurs reste à ce jour propriété de l'État. Aux projets des uns et des autres fourbis lors de la bataille pour la mairie de Toulouse, le vainqueur Jean-Luc Moudenc est resté fidèle à ce qu'il avait promis et dans ses cartons depuis 2008 : installer dans les sous-sols de l'ex-Prison Saint-Michel un Auditorium à destination de toutes les musiques. Mais le nouveau maire de Toulouse reste prudent sur le coût d'un tel équipement (on parle d'une somme comprise entre 40 et 50 M€). Il espère l'aide du Département et de la Région, et bien sûr de l'État, qui pourrait subventionner un tel équipement culturel, relevant de la compétence de la Métropole, en apportant le foncier. Rappelons que l'État demande 11 M€ pour la prison, quand Jean-Luc Moudenc estime qu'un tarif raisonnable serait compris entre 1 et 2 M€.

Grand Projet de Ville à Empalot/Niel

Le «GPV» Empalot-Niel, d'un montant total de 4 M€ devrait s'achever dans le courant du premier semestre 2015. MJC, salle polyvalente, point info mairie, permanence de la CPAM… : toutes ces structures seront regroupées au sein d'un nouvel équipement de plus de 1 500 m2. Une extension de l'actuel gymnase va permettre d'accueillir de nouvelles salles d'activités. Enfin, 1 500 nouveaux logements sociaux seront livrés.

Place du Busca

Entièrement redessinée, la place du Busca, considérée par beaucoup comme «mal fichue», devrait redonner leur dignité aux commerçants, ainsi qu'aux clients, incités à fréquenter le secteur par de nouvelles places de stationnement.

Île du Ramier

Dynamisée par ses pôles sportif et étudiant, le site est appelé à devenir «l'île de l'extrême» selon Sophia Belkacem, qui entend y promouvoir les nouveaux sports de l'extrême (escalade, glisse, etc.) En revanche, la présence de l'usine Herakles sur l'île voisine d'Empalot fait toujours polémique. «Pas un problème», selon Mme Belkacem.

Sophia Belkacem, jeune avocate

Née à Béziers, Sophia Belkacem est aujourd'hui une jeune trentenaire, avocate de profession, spécialisée dans le droit privé. Après des études de droit effectuées à Toulouse où elle décida un jour de venir seule («et je ne le regrette pas !»), sa conscience politique a rapidement été éveillée. Elle a obtenu son premier mandat politique sous l'ère de Raymond Couderc, le maire de Béziers bien rangé à droite, bien que Sophia Belkacem se défende d'avoir un jour été encartée à l'UMP. Se réclamant de la société civile, cette passionnée d'histoire est allée, là encore seule, rencontrer Jean-Luc Moudenc avant la dernière campagne électorale pour les Municipales. Très reconnaissant envers l'une de ses benjamines du conseil municipal, le maire de Toulouse lui a confié une large délégation, celle de la médiathèque/bibliothèques et des liens intergénérationnels, en plus d'être maire de quartier.

Propos recueillis par Xavier Hurtevent

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